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Une homélie

Une homélie est un commentaire explicatif et pastoral d'un texte de la Bible, prononcé par un prêtre ou un diacre au milieu de la messe.

  • Elle a lieu après la lecture de l'Évangile et avant la prière eucharistique.

  • Elle aide les fidèles à comprendre la Parole de Dieu et à l'appliquer dans leur vie de tous les jours.

Homélie des 12 et 13 septembre :

Du piège de la rancune à la force du vrai pardon

Frères et sœurs,

Vous l’avez entendu dans le livre de Ben Sira le Sage : la première parole qui est prononcée aujourd’hui, c’est le mot « rancune ».

Il faut donc savoir ce qu’est la rancune, parce qu’elle peut devenir un véritable poison intérieur, et un poison particulièrement dangereux.

Lorsqu’une personne nous a atteints, lorsqu’elle nous a fait du mal, lorsqu’une injustice a été commise contre nous, il est évidemment normal que nous soyons blessés. Nous ne sommes pas des pierres. Nous sommes touchés par ce qui nous arrive.

Mais la rancune nous entraîne à vivre dans le passé.

Nous repensons sans cesse à ce qui s’est passé. Nous revenons encore et encore sur l’événement qui nous a blessés. Nous repassons dans notre esprit les paroles prononcées, les gestes posés, l’injustice subie.

Et finalement, la personne que nous voulions peut-être tenir à distance parce qu’elle nous paraît dangereuse ou mauvaise, cette personne reste constamment présente dans notre esprit.

Elle est dans notre mémoire.

Elle s’impose à nous.

Ou plutôt, nous la laissons s’imposer à nous.

Et cette pensée qui revient sans cesse fait que nous continuons à vivre en compagnie de l’événement blessant et de la personne qui l’a provoqué.

Voilà ce qu’est la rancune : porter en soi le souvenir sans cesse ravivé de ce qui nous a blessés.

Et alors, la première personne à qui la rancune fait du mal, c’est qui ?

C’est nous-mêmes.

La personne qui nous a fait du mal nous a peut-être blessés une fois. Mais, si nous entretenons la rancune, nous pouvons lui permettre de nous faire du mal encore et encore, parfois pendant des années.

C’est donc un piège.

Et il y a une autre raison pour laquelle la rancune est dangereuse.

Il existe dans la nature humaine une réalité très simple : à force de fréquenter quelqu’un, nous finissons par lui ressembler.

Or, si nous continuons, même seulement en pensée, à nous tourner vers ceux qui nous ont fait du mal, si nous nourrissons sans cesse leur souvenir, nous risquons progressivement de leur ressembler.

Nous risquons de laisser entrer en nous quelque chose de leur violence, de leur méchanceté, de leur injustice.

Voilà pourquoi, chers amis, il est dangereux de demeurer dans la rancune.

La colère : mauvaise ou juste ?

Le deuxième mot qui peut nous aider à comprendre cette parole de l’Écriture, c’est celui de colère.

Et il faut bien comprendre qu’il existe deux sortes de colère : une mauvaise et une bonne.

La mauvaise colère, nous pouvons très simplement la définir : c’est celle qui devient vengeance.

On veut rendre le mal pour le mal.

On veut faire payer l’autre.

On peut vouloir le frapper physiquement, bien sûr, mais la vengeance peut prendre bien d’autres formes : des paroles volontairement blessantes, des manœuvres, des projets destinés à faire du mal, des paroles que nous aiguisons comme des poignards.

Et nous croyons alors qu’une fois vengés, nous serons enfin apaisés.

Nous nous disons :

« Quand je lui aurai rendu la monnaie de sa pièce, je pourrai enfin retrouver la paix. »

Mais est-ce vrai ? Non, c’est un mensonge.

La mauvaise colère, celle qui conduit à la vengeance, fait une promesse qu’elle ne peut pas tenir.

Elle nous promet la paix, mais elle ne nous donne pas la paix.

Parce que la vengeance nous maintient précisément attachés à celui qui nous a fait du mal.

 

La sainte colère

Mais il existe aussi une bonne colère, une colère qui peut être juste.

Nous en voyons un exemple dans l’Évangile lorsque Jésus entre dans le Temple de Jérusalem.

Il y trouve les vendeurs d’animaux, les marchands, les changeurs d’argent. Et Jésus réagit avec force.

Pourquoi ?

Parce que quelque chose est profondément injuste.

Le Temple est la maison de Dieu, une maison de prière, et il a été transformé en lieu de commerce.

Jésus intervient donc pour rétablir ce qui est juste.

Et voilà la grande différence.

La mauvaise colère vise les personnes pour se venger.
La bonne colère vise le mal pour rétablir le bien.

C’est une distinction essentielle.

La mauvaise colère dit :

« Tu m’as fait du mal, je vais te faire du mal. »

La bonne colère dit :

« Ce qui est mauvais doit être corrigé. Ce qui est injuste doit être redressé. »

Et cela peut également s’appliquer à l’éducation.

Vous aimez vos enfants, évidemment. Mais précisément parce que vous les aimez, lorsque quelque chose ne va pas, il faut parfois intervenir.

Lorsqu’un enfant fait quelque chose de mauvais, il faut le corriger.

Il faut redresser ce qui est tordu.

Non pas parce qu’on lui en veut, mais parce qu’on l’aime.

Sinon, le mal risque de grandir.

Une petite mauvaise habitude peut devenir une grande mauvaise habitude. Une petite injustice peut devenir une grande injustice. Et, si personne n’intervient, le mal peut finir par faire beaucoup de dégâts, parfois même jusqu’à briser des familles.

La bonne colère est donc liée à la justice.

Dans certaines situations graves, la justice peut même exiger de mettre une personne dangereuse hors d’état de nuire.

Cela ne signifie pas que nous la haïssons.

Cela signifie que nous devons empêcher le mal qu’elle commet de continuer à atteindre d’autres personnes.

Car si personne n’agit, d’autres innocents peuvent souffrir.

Et parfois, ne pas agir devant le mal n’est pas de la bonté.

C’est de la lâcheté.

Lorsque ceux qui devraient intervenir ne le font pas, le mal continue à se propager.

Voilà pourquoi nous devons demander au Seigneur de nous délivrer de la rancune et de nous donner, lorsqu’elle est nécessaire, la sainte colère qui permet de défendre le bien et de rétablir la justice.

De la justice au pardon

Et cela va nous conduire au pardon.

Parce que lorsqu’une injustice a été reconnue et que nous avons fait ce qui était juste pour y remédier, nous pouvons retrouver au fond de notre cœur une forme de paix et même une juste satisfaction : j’ai fait ce que je devais faire.

Et cette paix peut alors nous permettre d'aller plus loin :

jusqu’au pardon.

Mais qu’est-ce que le pardon ?

Le pardon, ce n’est pas de dire :

« Oh, ce n’est pas grave ! Il ne s’est rien passé ! Tu peux continuer comme avant ! »

Non !

Si ce qui s’est passé est grave, il faut avoir le courage de reconnaître que c’est grave.

Le pardon n’est pas la naïveté.

Le pardon ne consiste pas à appeler le mal « bien ».

Le pardon consiste à reconnaître le mal, à rétablir autant que possible la justice, mais à refuser de laisser le mal avoir le dernier mot dans notre cœur.

Et nous en avons un exemple extraordinaire dans les Actes des Apôtres.

 

Saul devient saint Paul

Rappelez-vous Saul de Tarse, celui qui deviendra le grand saint Paul.

Saul persécute les chrétiens.

Le sang coule à Jérusalem à cause de cette persécution. Il approuve même la mise à mort de saint Étienne.

Et Saul ne veut pas s’arrêter là.

Il part pour Damas afin d’y rechercher les chrétiens qui s’y sont réfugiés, pour les ramener à Jérusalem et poursuivre la persécution.

Mais, sur le chemin de Damas, le Seigneur va le rejoindre.

Jésus lui apparaît et lui dit :

« Saul, Saul, pourquoi me persécutes-tu ? »

Saul répond :

« Qui es-tu, Seigneur ? »

Et Jésus lui répond :

« Je suis Jésus, celui que tu persécutes. »

Et c’est alors que toute sa vie va basculer.

Le persécuteur va devenir l’Apôtre.

Celui qui faisait souffrir les chrétiens va devenir celui qui annoncera le Christ au monde entier.

Mais il y a quelque chose de particulièrement bouleversant dans cette histoire.

Quelques années auparavant, saint Étienne, au moment même où on le mettait à mort, avait prié :

« Seigneur, ne leur compte pas ce péché. »

Et Saul était là.

Saul avait approuvé cette mise à mort.

Saint Étienne a donc prié pour ceux qui lui faisaient du mal, et parmi eux se trouvait celui qui deviendrait saint Paul.

Voilà le mystère extraordinaire du pardon.

 

La véritable victoire

Frères et sœurs, nous pouvons faire la même chose.

Le pardon véritable, c’est de demander au Seigneur :

« Seigneur, fais pour cette personne ce que tu as fait pour Saul de Tarse. »

C’est cela, la véritable victoire.

La victoire, ce n’est pas :

« Tu m’as fait du mal, maintenant tu vas voir ce que je vais te faire ! »

La véritable victoire, c’est de pouvoir dire :

« Seigneur, délivre cette personne du mal qui l’habite. Convertis son cœur. Fais-la revenir vers toi. »

Parce que notre véritable ennemi n’est pas simplement la personne qui nous a blessés.

Le véritable combat est aussi celui qui se déroule dans les cœurs.

Et lorsque nous prions pour la conversion de celui qui nous a fait du mal, nous cessons de vouloir sa destruction.

Nous voulons sa guérison.

Nous voulons sa conversion.

Nous voulons son salut.

Et alors, le mal n'a plus le dernier mot.

 

Demander un véritable esprit d’intercession

Nous pouvons donc demander au Seigneur d’avoir un véritable esprit d’intercession.

Lorsqu’une personne semble dominée par des comportements mauvais, prions pour elle.

Non pas pour excuser le mal.

Non pas pour nier l’injustice.

Mais pour demander à Dieu de faire dans cette personne ce qu’il a fait dans Saul de Tarse :

la délivrer, la convertir, transformer son cœur et en faire peut-être même un instrument de sa grâce.

Qui aurait imaginé que Saul, le persécuteur, deviendrait saint Paul, le grand Apôtre des nations ?

Voilà ce que Dieu peut faire dans un cœur humain.

 

Conclusion

Alors, frères et sœurs, nous savons maintenant ce que nous pouvons demander au Seigneur dans cette Messe.

Être délivrés de la rancune, pour ne pas laisser le passé empoisonner notre présent.

Recevoir la sainte colère, lorsqu’elle est nécessaire, pour défendre le bien, corriger ce qui doit l’être et rétablir la justice.

Et enfin, recevoir la grâce du pardon, qui ne consiste pas à nier le mal, mais à refuser que le mal ait le dernier mot.

Prions donc pour ceux qui nous ont blessés.

Demandons au Seigneur :

« Seigneur, fais pour eux ce que tu as fait pour Saul de Tarse.
Convertis leur cœur.
Délivre-les du mal.
Et fais de leur vie un instrument de ta grâce. »

Et alors, chers frères et sœurs, nous vivrons véritablement les paroles de l’Écriture qui nous ont été proclamées aujourd’hui.

Amen.

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